Sak Yant : l’art sacré du tatouage traditionnel thaïlandais

Jérémy

Le Sak Yant est un art sacré de tatouage répandu en Asie du Sud-Est, censé apporter protection, chance et bonne fortune à celui ou celle qui le porte. Le terme signifie littéralement « taper le yantra » : « sak » désignant le geste de tapotement du tatoueur, « yant » (yantra) le symbole géométrique d’origine hindoue et bouddhiste inscrit dans la peau. Loin d’être un simple motif décoratif, chaque tatouage est considéré comme un objet magique actif, dont le pouvoir doit être régulièrement entretenu par des rituels.

Origine du Sak Yant

Cet art serait né il y a plus de 2000 ans, mais les premiers documents historiques sur le Sak Yant remontent au XIIème siècle, au Cambodge. À l’époque, les guerriers khmers étaient recouverts de tatouages : têtes, poitrines, bras, doigts, pieds…

La légende raconte que le roi de l’époque, Jayavarman VII, se serait lui-même fait tatouer et que, lorsqu’il fut frappé par des flèches au cours d’une bataille, ces dernières auraient rebondi sur son corps sans le blesser.

Depuis toujours, le Sak Yant est étroitement lié au surnaturel. Le tatouage traditionnel se pratique à l’aide d’une longue tige métallique (appelée « khem », et non un simple bambou comme on le lit parfois), trempée dans un mélange d’encre, de cendre et d’herbes. Un tatouage complet peut nécessiter environ 3 000 piqûres, le tout accompagné de prières bouddhistes récitées par le maître tatoueur (« ajarn » ou moine), qui souffle ensuite sur le motif pour y insuffler son pouvoir.

Un art magique

Ces tatouages conféreraient de nombreuses vertus à leurs porteurs. Outre la protection, la chance et la bonne fortune, certains d’entre eux favoriseraient le succès, d’autres la force et d’autres encore la bonne santé. Traditionnellement, certaines règles de conduite accompagnent le port d’un Sak Yant : éviter certains comportements jugés irrespectueux (mentir, voler, manquer de respect à ses parents) sous peine de voir le pouvoir du tatouage s’annuler. Les femmes se voient parfois recommander de porter leurs Sak Yant sur le bras ou le haut du dos plutôt que dans le dos complet, certains maîtres réservant des emplacements différents selon le sexe du porteur, une coutume qui varie néanmoins beaucoup d’un temple à l’autre.

Signification des principaux tatouages
TatouageNom thaïlandaisSignification
Ha TaewHa TaewApporte le succès et la bonne fortune
BpanjamukheeBpanjamukheeProtège des maladies et du danger
SueaSueaApporte le pouvoir
Yant ChangYant ChangApporte la force

Où se faire tatouer en Thaïlande ?

Il existe de nombreux endroits où est pratiqué le Sak Yant. Le plus célèbre d’entre eux reste le Wat Bang Phra à Nakhon Pathom, à environ une heure de route de Bangkok. Le temple doit sa réputation à Luang Phor Phern, ancien abbé décédé en 2002 et resté célèbre pour sa maîtrise du Sak Yant, aussi bien sur le plan technique que spirituel. Chaque année au mois de mars s’y tient le Wai Kruu, un grand festival au cours duquel plus de 10 000 fidèles et curieux se rassemblent pour faire « recharger » le pouvoir de leurs tatouages : l’ambiance, intense, voit parfois certains participants entrer en transe, censés être possédés par l’esprit animal de leur tatouage (tigre, singe…), un spectacle impressionnant encadré par des bénévoles du temple.

De nombreux studios de tatouage à Bangkok, Chiang Mai ou sur les îles proposent également des Sak Yant réalisés par des maîtres laïcs (non moines), souvent dans de meilleures conditions d’hygiène qu’en temple. C’est un point à ne pas négliger : la pratique traditionnelle avec aiguille métallique réutilisée et encre partagée entre plusieurs personnes comporte un risque réel de transmission d’hépatite B, d’hépatite C ou plus rarement de VIH. Avant de se lancer, mieux vaut vérifier que l’aiguille est ouverte devant vous depuis un emballage scellé, que l’encre est versée dans un récipient individuel, et que le tatoueur porte des gants. En cas de doute sur l’hygiène du lieu, il ne faut pas hésiter à renoncer ou à se tourner vers un studio équivalent mais mieux équipé.

Source : Site officiel du Wat Bang Phra

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