La Bataille des Neuf Armées : la revanche siamoise sur la Birmanie

Jérémy

Comme la bataille de Suphanburi, la bataille des Neuf Armées a opposé le royaume du Siam (la Thaïlande actuelle) et la Birmanie. Après la destruction d’Ayutthaya en 1767, les Thaïlandais ont pris une belle revanche à Kanchanaburi quelques années plus tard, dans un affrontement resté comme l’un des derniers épisodes majeurs de la rivalité séculaire entre les deux royaumes.

Contexte historique

Depuis l’accession au pouvoir de la dynastie Konbaung au milieu du 18ème siècle, la Birmanie a mené une politique résolument expansionniste. Le pays conquiert successivement les territoires de Manipur, de l’Arakan, de l’Assam, de Pégou, puis finalement le royaume d’Ayutthaya en 1760. Après plusieurs années de siège et de combats, la Birmanie rase la capitale siamoise en 1767, mettant fin au royaume d’Ayutthaya et ouvrant la voie au règne du général Taksin, qui parvient à réunifier le pays autour d’une nouvelle capitale, Thonburi.

Taksin est resté dans l’histoire comme un commandant de guerre exceptionnel. Ces faits d’armes l’attestent :

  • En 1770, il conquiert une partie du Cambodge
  • En 1774, il conquiert la région de Chiang Mai
  • En 1776, il conquiert le sud du Laos

En 1782, le roi Taksin sombre dans la folie et est destitué puis exécuté à la suite d’un coup d’État mené par le général Chao Phraya Chakri, qui devient Rama Ier, premier roi de la dynastie Chakri toujours au pouvoir aujourd’hui. Il fonde Bangkok comme nouvelle capitale la même année. Trois ans plus tard à peine, en 1785, le royaume tout juste réorganisé doit affronter la plus grande invasion birmane de son histoire.

La Bataille des Neuf Armées

En 1785, le roi birman Bodawpaya lance une invasion d’une ampleur inédite contre le Siam : environ 144 000 soldats birmans, répartis en neuf armées distinctes, attaquent simultanément par cinq directions différentes (Kanchanaburi, Ratchaburi, Lanna, Tak et la péninsule malaise), d’où le nom resté dans l’histoire siamoise de « guerre des Neuf Armées ».

Le front principal se joue à Kanchanaburi, où Rama Ier confie le commandement à son frère cadet, le prince Maha Sura Singhanat, alors vice-roi (uparaja). Les deux armées se font face près de Lat Ya, à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de la ville de Kanchanaburi. Les troupes siamoises parviennent à couper les lignes de ravitaillement birmanes, provoquant la famine dans les rangs adverses : privés de vivres, les soldats birmans doivent se replier, et l’assaut final lancé par les Siamois en février 1786 achève de les repousser hors du royaume.

Cette victoire est restée dans la mémoire collective thaïlandaise comme un symbole de résilience nationale, tout juste trois ans après la chute de Taksin et la fondation de la nouvelle capitale. Si les hostilités entre les deux royaumes reprendront plus tard, notamment entre 1809 et 1812, cette campagne de Bodawpaya reste considérée par les historiens comme la dernière invasion birmane de grande envergure sur le sol siamois.

Un site que l’on peut encore visiter aujourd’hui

Encore aujourd’hui, la bataille des Neuf Armées est célébrée, notamment à Kanchanaburi, où un parc historique (Nine-Army Battle Historical Park) et une stèle commémorative marquent l’emplacement présumé des combats, non loin de la ville. Le site reste assez confidentiel comparé aux incontournables touristiques de la région (pont de la rivière Kwaï, cimetières militaires de la Seconde Guerre mondiale), mais il séduit les voyageurs curieux d’histoire siamoise antérieure à l’époque coloniale et aux conflits du 20ème siècle qui ont rendu Kanchanaburi célèbre.

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