Situé dans le centre de la capitale de la Thaïlande, sur l’avenue Ratchadamnoen dans le quartier historique de Banglamphu, le monument de la démocratie a été construit en 1939-1940 afin de célébrer l’avènement de la démocratie obtenue 8 ans plus tôt, lors de la révolution thaïlandaise du 24 juin 1932, qui a mis fin à 150 ans de monarchie absolue au profit d’un régime constitutionnel.
Le monument est composé de 2 parties principales, entourées d’un rond-point aujourd’hui l’un des plus fréquentés de Bangkok.
La partie centrale
Elle représente le support sur lequel repose une reproduction de la constitution thaïlandaise de 1932. Les 6 portes qui la composent correspondent aux 6 valeurs voulues pour la révolution par le Parti du Peuple à l’origine du coup d’État : l’indépendance, la paix intérieure, l’égalité, la liberté, l’économie et l’éducation, un principe que l’on peut rapprocher de notre devise « liberté, égalité, fraternité ». Autour du socle sont disposés 75 boulets de canon, un chiffre qui renvoie à l’année 2475 du calendrier bouddhique (soit 1932 du calendrier grégorien), année de la révolution.
Cette partie centrale fait 3 mètres de hauteur, un chiffre qui correspond au 3ème mois de l’ancien calendrier thaïlandais, débutant en avril, ce qui situe le mois de juin en troisième position. Elle a été construite par l’architecte Mew Aphaiwong.
Les 4 tours
Ces quatre piliers incurvés, en forme d’ailes, ont également une signification symbolique : ils représentent les quatre branches des forces qui ont soutenu le coup d’État de 1932, à savoir l’armée de terre, l’armée de l’air, la marine et la police. Leur hauteur de 24 mètres correspond au jour du mois où le coup d’État a été réalisé, le 24 juin.
Cette partie a été construite par l’architecte italien Corrado Feroci, arrivé en Thaïlande dans les années 1920 à l’invitation du roi Rama VI pour y développer un enseignement artistique de type occidental. Il a ensuite pris la nationalité thaïlandaise afin de s’intégrer pleinement à son pays d’adoption, changeant son nom en Silpa Bhirasri : il est aujourd’hui considéré comme le père de l’art moderne thaïlandais, et l’université d’art la plus réputée de Bangkok, l’Université Silpakorn, porte le nom qu’il a lui-même choisi pour son école.
Un lieu chargé d’histoire politique
Au-delà de sa symbolique d’origine, le monument de la démocratie est devenu au fil des décennies le point de ralliement quasi systématique des mouvements réclamant justement plus de démocratie en Thaïlande, une ironie de l’histoire pas toujours perdue pour les manifestants eux-mêmes. Le site a été le théâtre de rassemblements majeurs lors du soulèvement populaire d’octobre 1973, qui a renversé la dictature militaire de l’époque, puis lors des manifestations sanglantes de mai 1992 contre un nouveau régime militaire, et plus récemment lors des grandes vagues de contestation étudiante de 2020, réclamant des réformes politiques et une limitation du pouvoir royal. Ce passé fait du monument bien plus qu’un simple point de repère architectural : c’est l’un des lieux les plus politiquement sensibles de la capitale thaïlandaise.
Le monument de la démocratie : informations pratiques
- Ouvert tous les jours et à toute heure, visible librement depuis le rond-point ou les trottoirs environnants
- Entrée gratuite
- Facilement accessible en taxi ou en bus depuis le Grand Palais et le quartier de Khao San Road, tout proche
- Mieux vaut se renseigner sur l’actualité locale avant de s’y rendre lors de périodes de tensions politiques, le site pouvant redevenir ponctuellement un lieu de rassemblement