Les femmes girafes en Thaïlande : histoire et villages Kayan

Jérémy

Les femmes girafes (Kayan, aussi appelées Padaung) sont arrivées en Thaïlande depuis la Birmanie voisine, principalement à partir de 1984 et tout au long des années 1990, fuyant les opérations militaires, le travail forcé et les persécutions menées contre les minorités ethniques de l’État Kayah. Elles vivent aujourd’hui au nord du pays, près de la frontière birmane, dans la province de Mae Hong Son. On les surnomme ainsi en raison de leurs longs cous, ornés de spirales de laiton portées depuis l’enfance.


Les femmes girafes en Thailande

Les origines des femmes girafes

Le mystère sur l’origine exacte de cette tradition reste entier. Pour certains anthropologues, ces colliers-spirales auraient historiquement servi à protéger les femmes des attaques de tigres, ou au contraire à les rendre moins attrayantes aux yeux des tribus rivales pratiquant l’esclavage. Pour d’autres, ils permettraient de se rapprocher de l’image des dragons, figures importantes de la culture kayan. Dans tous les cas, les petites filles commencent à porter un premier collier-spirale dès l’âge de 2 à 5 ans selon les familles, une spirale étant ajoutée progressivement au fil de la croissance.

Contrairement à une idée reçue très répandue, ces anneaux n’allongent pas réellement les vertèbres du cou. Leur poids, qui peut atteindre plusieurs kilos, comprime en réalité les clavicules et le haut de la cage thoracique, les inclinant vers le bas : c’est ce tassement qui crée l’illusion optique d’un cou démesurément long, et non un véritable étirement osseux. Les femmes kayan portent malgré tout ces colliers avec fierté, comme un marqueur identitaire fort et un symbole de beauté transmis de génération en génération.

Il faut toutefois avoir en tête que la situation des Kayan en Thaïlande reste complexe et régulièrement critiquée par les organisations de défense des droits humains. Arrivées en tant que réfugiées, la grande majorité d’entre elles n’a jamais obtenu la citoyenneté thaïlandaise ni le droit à une réinstallation dans un pays tiers, pourtant proposée par le passé par certains pays occidentaux ; les autorités thaïlandaises ont généralement refusé de délivrer les visas de sortie nécessaires. Plusieurs ONG et médias internationaux ont ainsi qualifié certains de ces villages de « zoos humains », pointant des règles strictes imposées aux habitantes (port obligatoire des anneaux, interdiction de certains objets modernes) en échange de revenus liés au tourisme. D’autres femmes kayan revendiquent au contraire leur souhait de recevoir des visiteurs, y voyant une source de revenus nécessaire et un moyen de faire connaître leur culture. Un sujet à aborder, en tant que visiteur, avec un minimum de recul et de respect.

Comment voir les femmes girafes en Thaïlande ?

Il existe plusieurs villages dans la province de Mae Hong Son, dans le Nord de la Thaïlande :

  • Huay Pu Keng est l’un des villages les plus visités. Il se situe près de la rivière Pai et se rejoint généralement en radeau ou petit bateau.
  • Huai Seau Tao est un village à vocation commerciale, ouvert au tourisme depuis 1995.
  • Nai Soi est l’un des plus grands villages kayan du pays, accueillant chaque année plusieurs milliers de visiteurs (comptez environ 250 bahts l’entrée).

Dans chacun de ces villages, l’argent des billets d’entrée finance en partie la communauté, mais ne revient pas toujours intégralement aux habitantes elles-mêmes, un point régulièrement soulevé par les associations locales. Privilégier un guide ou une agence qui reverse une part claire et directe de ses revenus aux villageois, plutôt qu’une simple excursion touristique standard, reste le choix le plus responsable pour qui souhaite visiter ces villages.

Crédit: Flickr

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