Le Musée national de Chiang Saen se situe dans la petite ville de Chiang Saen, à environ 60 km de Chiang Rai. Le musée est surtout célèbre pour ses statues de Bouddha dans le style dit « de Chiang Saen » et ses artefacts datant du 11e et du 12e siècle, mais sa véritable richesse tient à l’histoire mouvementée de la ville elle-même, l’une des plus anciennes de Thaïlande.
Située sur les rives du Mékong, la ville de Chiang Saen fut fondée vers 1328 par le roi Saen Phu, petit-fils du célèbre roi Mangrai, fondateur du royaume Lanna. Elle devient alors, un temps, la capitale du royaume, avant que le pouvoir ne se déplace vers Chiang Rai puis Chiang Mai. Chiang Saen connaît ensuite une histoire particulièrement tourmentée : conquise par les Birmans en 1558, elle reste sous domination birmane pendant plus de deux siècles, devenant même l’un des bastions militaires et administratifs les plus solidement tenus du Lanna par l’occupant.
Une fois les Birmans définitivement chassés du Siam, le roi Rama Ier ordonne en 1804 la destruction quasi totale de la ville, seuls les édifices religieux étant épargnés, afin qu’elle ne puisse plus jamais servir de point d’appui à un retour birman. Sa population est alors déportée de force vers la plaine centrale du Siam, et Chiang Saen reste une cité fantôme pendant près de huit décennies. Il faudra attendre 1881 pour que le roi Rama V la fasse repeupler, avec des familles venues de Lamphun, Lampang et Chiang Mai. C’est dans ce contexte de renaissance patiente que le Musée national a été créé en 1957, avec pour vocation d’être un centre d’art et d’archéologie chargé de préserver les objets mis au jour à Chiang Saen et dans ses environs, vestiges rescapés de cette histoire faite de grandeur, de destruction et de reconstruction.
Le musée est divisé en trois sections et les passionnés d’histoire apprécieront la collection d’objets rares retraçant l’histoire de Chiang Saen et de ses habitants : sculptures, outils, instruments de musique, objets artisanaux et religieux. Il se trouve juste à côté du Wat Chedi Luang, l’un des temples les plus imposants de la vieille ville, ce qui permet de combiner facilement la visite du musée avec une balade parmi les vestiges de remparts et de chedis qui témoignent encore aujourd’hui de la grandeur passée de la cité.
Le style artistique dit « de Chiang Saen », développé entre le 11e et le 13e siècle, reste l’une des principales contributions de la région à l’art bouddhique thaïlandais : visage rond au léger sourire, chignon en forme de bouton de lotus, torse plein et bronze généralement coulé à la cire perdue. Moins connu du grand public que les styles de Sukhothai ou d’Ayutthaya, il a pourtant influencé certaines des statues les plus vénérées du pays, dont le célèbre Bouddha d’émeraude conservé au Wat Phra Kaew de Bangkok, qui s’inscrit dans cette même tradition stylistique du Lanna. Voir des pièces originales de cette période au musée de Chiang Saen, dans la ville même où ce style est né, donne à la visite une dimension que peu d’autres musées du pays peuvent offrir.
Musée national de Chiang Saen : informations pratiques
- Ouvert du mercredi au dimanche de 9h à 16h, fermé les lundis, mardis et jours fériés nationaux
- Tarif d’entrée : environ 100 bahts pour un visiteur étranger (20 bahts pour un ressortissant thaïlandais)
- Situé à proximité immédiate des murs de la vieille ville et du Wat Chedi Luang
- Prévoir une heure environ pour la visite du musée, davantage si vous combinez avec les ruines et temples alentour